Une fracture de fatigue apparaît lorsque des contraintes répétées dépassent temporairement la capacité de l’os à se réparer. Elle peut toucher de nombreux sites, mais elle est particulièrement fréquente au niveau du pied et de la cheville, notamment chez les coureurs, les sportifs, les travailleurs de force et après une augmentation rapide de l’activité physique.
La douleur s’installe habituellement de façon progressive, sans traumatisme unique. Une prise en charge précoce est importante: certaines localisations guérissent généralement bien avec du repos, tandis que d’autres présentent un risque plus élevé de déplacement, de retard de consolidation ou de pseudarthrose.
Les lésions de stress osseux sont fréquentes chez les sportifs, en particulier dans les disciplines comportant des impacts répétés comme la course, les sauts ou la danse.Clinical Endocrinology 2017
1 · Définition
Qu’est-ce qu’une fracture de fatigue?
L'os est un tissu vivant qui se renouvelle en permanence et s'adapte aux contraintes. Lorsque des sollicitations répétées dépassent temporairement sa capacité d'adaptation, une lésion de stress osseux peut apparaître.
Il existe un véritable continuum: les premières modifications peuvent se limiter à une réaction de l'os visible à l'IRM, puis évoluer vers une fissure et, dans les formes plus avancées, vers une véritable fracture.
On distingue deux mécanismes :
- La fracture de fatigue apparaît sur un os dont la résistance est normale mais qui subit des contraintes répétées ou brutalement augmentées.
- La fracture par insuffisance survient au contraire lorsqu'un os fragilisé est soumis à des contraintes habituellement bien tolérées, par exemple en cas d'ostéoporose ou de certaines maladies métaboliques.
Au pied et à la cheville, les métatarsiens sont souvent concernés, mais une fracture de stress peut aussi toucher le calcanéum, le naviculaire, le talus, les sésamoïdes, la malléole médiale ou la partie proximale du cinquième métatarsien. Nat Rev Dis Primers 2022 .
Toutes les fractures de fatigue n'ont pas le même pronostic. Les fractures des deuxième et troisième métatarsiens ou du calcanéum consolident généralement bien avec un traitement adapté. D'autres localisations, notamment le naviculaire, la base du cinquième métatarsien, la malléole médiale ou certains sésamoïdes, présentent un risque plus important de retard de consolidation ou de pseudarthrose et nécessitent une prise en charge plus stricte.J CLin Orthop Trauma 2024 .
2 · Etiologie
Pourquoi une fracture de fatigue apparaît-elle?
Une fracture de fatigue résulte rarement d’un seul facteur. Elle apparaît le plus souvent lorsqu’une augmentation des contraintes mécaniques se combine à une récupération insuffisante ou à une résistance osseuse diminuée.
Augmentation rapide de l’entraînement
Une hausse brutale du kilométrage, de la vitesse, des sauts ou du dénivelé ne laisse pas toujours à l’os le temps de s’adapter. La reprise après une période d’arrêt est une situation classique. Les courses de longues distances comme les marathons, trails et ultra-trails sont particulièrement susceptibles à ce type de lésion.
Récupération insuffisante
Des périodes de récupération insuffisantes entre les entraînements peuvent limiter l'adaptation osseuse aux contraintes répétées.
Facteurs mécaniques
La morphologie du pied, une raideur de cheville, un pied creux, certains troubles d’alignement ou un changement de chaussures et de surface peuvent concentrer les charges sur une zone précise.
Fragilité osseuse ou déficit énergétique
Une faible densité osseuse, une carence en vitamine D, certains traitements, des troubles hormonaux ou un apport énergétique insuffisant par rapport à l’entraînement peuvent augmenter le risque. Le déficit énergétique relatif dans le sport concerne les femmes comme les hommes. Consensus CIO 2023
3 · Symptômes
Quels sont les signes d’une fracture de fatigue?
Les symptômes sont souvent discrets au début et peuvent être confondus avec une tendinite, une entorse ou une simple surcharge. Leur caractère progressif et très localisé doit attirer l’attention.
Douleur progressive à l’effort
La douleur apparaît d’abord en fin d’activité, puis survient de plus en plus tôt. Elle peut ensuite persister pendant la marche ou au repos.
Point douloureux précis
La douleur peut souvent être reproduite en appuyant précisément sur l'os concerné. Cette localisation très focale est un élément important du diagnostic.
Gonflement
Un œdème local, une sensibilité ou parfois une légère rougeur peuvent apparaître sur le dessus du pied, son bord externe, le talon ou autour de la cheville. L'œdème reste le signe le plus classique qui oriente immédiatement le diagnostic .AFP 2024
Douleur au saut ou à l’appui
La marche, la course ou les sauts peuvent reproduire les symptômes. Lorsque la lésion progresse, la douleur peut apparaître pour des efforts de plus en plus faibles et parfois persister dans la vie quotidienne.
4 · Diagnostic
Comment le diagnostic est-il confirmé?
Le diagnostic repose d'abord sur l'histoire de la douleur et l'examen clinique. Une augmentation récente de l'activité, une douleur progressive et un point osseux très sensible doivent faire évoquer une lésion de stress.
Les radiographies sont généralement réalisées en première intention. Elles peuvent cependant être parfaitement normales au début, car les premières modifications de l'os ne sont pas toujours visibles.
Lorsque la suspicion clinique reste importante malgré des radiographies normales, l'IRM est l'examen de référence. Elle permet de détecter précocement la réaction osseuse, de rechercher une ligne de fracture et d'évaluer la gravité de la lésion Am J of Sports Med 2016. Le scanner est surtout utile dans certaines localisations, notamment pour préciser une ligne de fracture, analyser la consolidation ou préparer une intervention. Il ne remplace pas l'IRM pour détecter précocement une lésion de stress.
Selon le contexte, un bilan complémentaire peut rechercher une carence en vitamine D, un trouble de la densité osseuse, une maladie métabolique ou un déficit énergétique relatif.
5 · Traitement conservateur
Comment traiter une fracture de fatigue sans opération?
La grande majorité des fractures de fatigue du pied et de la cheville sont traitées sans chirurgie. Le traitement dépend cependant beaucoup de la localisation et du grade de la lésion. Une fracture considérée comme à faible risque peut généralement être traitée par diminution des contraintes et reprise progressive. Une fracture à haut risque nécessite une protection plus stricte et parfois une discussion chirurgicale précoce.
Le traitement peut comprendre :
- l’arrêt temporaire de la course, des sauts ou de l’activité déclenchante ;
- une chaussure rigide, une botte de marche ou des béquilles selon la douleur ;
- une période sans appui pour certaines fractures à haut risque ;
- des activités sans impact, comme le vélo ou la natation, lorsqu’elles sont indolores ;
- la correction d’une carence nutritionnelle ou d’un déficit énergétique ;
- la prise en charge des facteurs biomécaniques et la révision du programme d’entraînement.
La durée de protection varie fortement selon l’os atteint et la gravité observée à l’IRM. Une fracture d’un métatarsien ou du calcanéum évolue souvent favorablement, alors qu’une fracture du naviculaire, du talus, de la malléole médiale, des sésamoïdes ou de la base du cinquième métatarsien exige généralement une surveillance plus stricte voire une prise en charge chirurgicale.
6 · Traitement chirurgical
Quand une intervention chirurgicale est-elle nécessaire?
La chirurgie reste minoritaire. Elle peut être proposée lorsque la fracture est déplacée, complète, instable, lorsqu’elle ne consolide pas malgré un traitement bien conduit ou lorsqu’elle se situe dans une zone connue pour son risque élevé de pseudarthrose.
Le niveau sportif, les objectifs du patient et les contraintes de reprise participent également à la décision. Chez un sportif de haut niveau, une fixation chirurgicale peut être discutée plus précocement pour certaines fractures à haut risque, mais la sécurité de la consolidation reste prioritaire. Br J Soports Med. 2023.
Les localisations dites à haut risque comprennent notamment le naviculaire, le talus, la malléole médiale, la partie proximale du cinquième métatarsien et certains types de fractures des sésamoïdes. Leur vascularisation, les forces qui s’y exercent ou leur situation articulaire peuvent rendre la consolidation moins prévisible.
Le geste dépend de la localisation : fixation par vis, stabilisation de la fracture, parfois greffe osseuse en cas de retard de consolidation. Chez un sportif de haut niveau, la stratégie tient également compte du calendrier sportif, mais la décision ne repose jamais uniquement sur la rapidité souhaitée de la reprise.
7 · Pronostic
Comment reprendre l’activité sans rechute?
Mettre l'os en décharge
L'activité responsable de la douleur est interrompue. Selon la localisation et le grade de la lésion, l'appui peut rester autorisé, être protégé par une botte ou être temporairement supprimé.
Maintenir la condition physique
Lorsque la localisation le permet, des activités sans impact peuvent être maintenues si elles sont totalement indolores. Les éventuels facteurs nutritionnels, hormonaux ou biomécaniques sont corrigés parallèlement.
Reprendre progressivement les contraintes
Lorsque la marche et la palpation deviennent indolores et que la consolidation est suffisante, la mise en charge puis les exercices fonctionnels sont augmentés progressivement.
Retour progressif au sport
La course peut être reprise progressivement, souvent par alternance marche-course. Le volume est augmenté avant l'intensité, puis les sauts, accélérations ou changements de direction sont réintroduits secondairement.
8 · Prévention
Comment prévenir une nouvelle fracture de fatigue?
La prévention repose sur une progression suffisamment lente des contraintes et sur l’identification des facteurs qui ont favorisé la première fracture. BJSM 2025
Les mesures essentielles sont :
- Augmenter progressivement le volume et l’intensité de l’entraînement ;
- Prévoir des jours de récupération et varier les activités ;
- Eviter de modifier simultanément la surface, les chaussures, le kilométrage et la vitesse ;
- Maintenir des apports énergétiques suffisants et une alimentation équilibrée ;
- Rechercher une disponibilité énergétique insuffisante, des troubles hormonaux ou menstruels, notamment en cas de fractures répétées;
- Corriger une carence en vitamine D ou une fragilité osseuse lorsqu’elle est démontrée ;
- Reprendre uniquement lorsque la marche et les exercices fonctionnels sont indolores.
Une douleur osseuse localisée qui revient à chaque séance ne doit pas être masquée par des antalgiques pour poursuivre l’entraînement.
Les fractures de fatigue multiples nécessitent systématiquement une consultation spécialisée. On retrouve souvent un facteur métabolique ou structurel qui doit être corrigé.
9 · Complications
Quels sont les risques d’une prise en charge tardive?
Fracture complète ou déplacée
La poursuite des contraintes peut faire progresser certaines lésions vers une fracture plus complète ou un déplacement. Ce risque est particulièrement important dans les localisations dites à haut risque.
Retard de consolidation
Certaines localisations consolident lentement. Un diagnostic tardif, le tabagisme, une fragilité osseuse ou une reprise trop rapide peuvent prolonger la guérison.
Pseudarthrose
L’absence de consolidation est particulièrement redoutée au naviculaire, à la base du cinquième métatarsien et dans d’autres zones à haut risque comme les sésamoïdes.
Douleur chronique et récidive
Une cause mécanique, nutritionnelle ou liée à l’entraînement non corrigée expose à une douleur persistante ou à une nouvelle lésion de stress, parfois sur un autre os. Il est primordial de corriger les défauts structurels ou métaboliques.
Questions fréquentes
Une radiographie normale exclut-elle une fracture de fatigue?
Non. Les radiographies sont généralement normales au début. Lorsque la douleur est très localisée et que la suspicion clinique persiste, une IRM peut montrer la lésion beaucoup plus précocement. On a longtemps prescrit des scintigraphies pour ces lésions mais cet examen n’est pas aussi efficace que l’IRM.Sports Medicine 2016
Peut-on continuer à marcher avec une fracture de fatigue?
Cela dépend de l’os atteint et de la gravité. Certaines fractures permettent un appui protégé selon la douleur, tandis que les localisations à haut risque peuvent nécessiter une période sans appui. La conduite à tenir doit être définie après le diagnostic. En attendant le diagnostic, il est raisonnable d’interrompre la course et les activités à impact. La nécessité de limiter ou supprimer l’appui dépend ensuite de l’os atteint et de la gravité de la lésion.
Quand peut-on recommencer à courir?
La course peut reprendre lorsque la marche, la palpation et les exercices fonctionnels sont indolores, et lorsque la consolidation est suffisante. La reprise doit être progressive, en augmentant séparément la durée, l’intensité puis les contraintes spécifiques. Tout retour des douleurs doit entraîner une réduction de l’intensité des séances sportives.
Pour certaines fractures à haut risque, l’absence de douleur ne suffit pas à autoriser la reprise et un contrôle d’imagerie peut être nécessaire.
Combien de temps faut-il pour guérir d'une fracture de fatigue?
Il n’existe pas de délai unique. Une fracture à faible risque peut parfois permettre une reprise progressive après quelques semaines, alors qu’une fracture du naviculaire, du cinquième métatarsien ou d’une autre zone à haut risque peut nécessiter plusieurs mois.
Le délai dépend de l’os atteint, du grade de la lésion, de la durée des symptômes avant le diagnostic et des éventuels facteurs qui ralentissent la consolidation.



